“Skin in the game” dans les startups d’État

« Si tu réussis, je te couvrirai d’or, sinon, je te jetterai au crocodile. » (Cléopâtre à Numérobis)

Qui est responsable du projet ? Qui sera couvert d’or si c’est une réussite ou jeté au crocodile si rien n’est livré ?

Dans les administrations les responsabilités des individus sont souvent diluées, notamment à cause de leur taille. De plus, selon le principe de continuité, l’administration doit continuer de fonctionner quoiqu’il arrive. Tout le monde doit donc être facilement remplaçable.

Cela entraîne que personne n’est jamais responsable de rien. Attention, cela ne veut pas dire que les agents ne sont pas impliqués. L’immense majorité prend le service public très à cœur. Mais ils n’ont aucun intérêt à prendre des risques, à s’exposer. Or innover nécessite de prendre des risques, de lancer des projets qui peuvent échouer et nous faire passer pour des cons.

Au sein de nos startups d’État, tous les participants s’engagent personnellement : nos noms et nos têtes sont affichés sur les pages qui présentent nos produits. Pour chaque membre de l’équipe, les inconvénients potentiels sont au moins aussi grands que les bénéfices possibles. Ils jouent donc leur peau, skin in the game comme dirait Nassim Nicholas Taleb.

Pour les intrapreneurs, le risque c’est l’image : si le projet rate, ils seront mal vus. Et si tout fonctionne, leur seul gain sera également de l’image. Pas de prime, pas de gain financier, mais la fierté du travail bien fait.

Les freelances qui travaillent au sein des startups d’État sont par nature des gens qui mettent leur peau en jeu, de par leur statut d’indépendant. Du côté de l’incubateur, ils sont considérés comme des membres de l’équipe à part entière, et surtout pas comme des prestataires avec lesquels nous aurions une relation client-fournisseur.

Afin que tout cela fonctionne un maître mot : l’autonomie. Chaque équipe s’organise comme elle le souhaite, utilise sa méthode agile préférée et choisit même ses technologies. Nous n’avons aucun dogme dans le fonctionnement des équipes, car ceux qui créent savent mieux que quiconque ce dont ils ont besoin.

L’or et des crocodiles sont encore loin et ne sont sans doute pas nécessaires. Mais rendre les équipes autonomes et responsables de leur projet est certainement le seul moyen pour que tout le monde se sente impliqué sur le long terme et que nous arrivions à construire efficacement des projets pharaoniques.

Article publié à l’origine sur Medium le 6 septembre 2019.

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