Sortez du bâtiment pour tester votre produit

« Et qu’en disent les utilisateurs ? »

Si cette simple question était posée de manière systématique, la majorité des problèmes posés par les produits développés par les administrations seraient résolus.

Ce n’est pas une posture facile à avoir. Sortir de son bureau et aller parler à des humains est tellement plus difficile que de rester enfermer avec son équipe à imaginer les éventuels comportements et réactions de ces derniers.

Plusieurs raisons font que nous oublions souvent de demander l’avis de celles et ceux qui vont avoir le produit dans les mains :

1/ Cette culture tout d’abord, façonnée depuis l’école où l’on nous a expliqué qu’il y a d’un côté ceux qui savent, et de l’autre ceux qui reçoivent le savoir. Donc si c’est nous qui sommes chargés de construire le produit, c’est que nous devons posséder le savoir, non ? Sauf que le savoir technique (comment coder une application) n’apporte aucune réponse sur la manière dont les utilisateurs vont utiliser notre produit. C’est même souvent l’inverse : si vous laisser seuls des ingénieurs développer un logiciel, ce dernier risque d’avoir de nombreuses fonctionnalités tellement complexes que personne ne saura les utiliser. Il faut donc écouter les utilisateurs, car eux seuls vont pouvoir vous dire si votre produit est suffisamment simple et utilisable.

Faire des tests, ne serait-ce qu’avec un seul utilisateur, apprend énormément. Quand j’étais à l’Agence du numérique, un proche (habitué à utiliser un ordinateur) m’a servi de cobaye sur un forum que je mettais en place. Je l’ai mis devant le site en lui demandant seulement de créer un nouveau sujet sur le forum. Au bout de cinq minutes, il n’avait toujours pas trouver comment faire. Avec un unique utilisateur, j’ai compris que mon site était trop compliqué et que j’allais devoir revoir ma copie.

2/ Le profil psychologique des geeks ensuite jouent un rôle dans cet état de fait. Même si c’est un stéréotype, la plupart des développeurs que je connais sont plutôt introvertis. Cela semble plutôt normal : vouloir passer plusieurs heures seul devant un écran, ce n’est pas trop le kif pour un extraverti. Et de la même manière, sortir du bâtiment pour parler à des inconnus, ce n’est pas trop le kif pour un introverti. C’est pour cela qu’il est indispensable d’avoir des designers (introvertis ou extravertis) dans une équipe produit : pour aller parler aux sacs à viande et essayer de comprendre pourquoi ils ne sont pas foutus de cliquer sur le bouton que nous avions pourtant mis au bon endroit 😅

Quand nous avons intégré des designers au sein des équipes de volontaires de Data for Good, la qualité des projets a fait un bond en avant. La première fois que vous vous rendez sur la page d’accueil d’AlgoTransparency par exemple, vous n’avez pas des dizaines d’informations qui vous sautent à la figure. À la place, vous avez une introduction didactique qui présente le projet et prend le temps de raconter ce que vous allez trouver sur le site. Tout cela été pensé par des designers et testé auprès de vraies personnes.

Sortir du bâtiment, c’est sortir de notre zone de confort. C’est effrayant car il a de grande chance que nous nous plantions, et notre cerveau reptilien n’aime pas tellement prendre ce genre de risque. Mais rappelons à notre cerveau reptilien qu’il vaut toujours mieux se planter aujourd’hui devant une personne, plutôt que demain devant des milliers.

Article publié à l’origine sur Medium le 30 septembre 2019.

Cet article vous parle ? Partagez-le !